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Entrer en scène ou le Baroque à Cherasco janvier 5 2012

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L’église est très belle déjà de l’extérieur, avec des colonnes qui s’empilent sur deux étages, toute de briques, surmontée en son faîte d’un arc tronqué, et puis de deux cônes comme de gros cornets de glace. Quand on entre, elle vous submerge de légèreté efflorescente, surtout la grande coupole en tons pastels, rose très pâle et un bleu qui est peut-être un gris très pâle, bien que il semble y avoir deux tonalités une légèrement plus pâle que l’autre, ce qui ferait pencher pour un bleu évanescent et un gris opale. Tout cela nageant au milieu d’une profusion de décorations blanc laiteuses, de petits anges, de fleurs, de feuilles, de médaillons, le tout en abondance mais sans lasser sans écraser, aérés par la quasi transparence des couleurs. Nous sommes arrivés hier dans la nuit noire dans ce monastère qui nous héberge. Le silence est impressionnant, à la mesure des lieux, dans le cloître désert, devant la massive porte aux boutons de cuivre dorés qui sonnent un improbable réceptionniste, dans le vaste hall à l’escalier monumental, qu’on ne sait pas où il faut se diriger. Puis reprendre le patio en suivant note hôte, ouvrir une autre porte massive et grandiose, s’avancer incrédules sans bien comprendre s’il s’agit d’un autre vestibule, pour un autre accès à une autre partie de l’immense édifice. Mais non, c’est notre chambre, vaste plafond courbée en stucs médaillés, lit à baldaquin, salle de bal. Cherasco est rococo, dans la plus pure tradition du XVIIème siècle. On s’y promène comme dans un décor de théâtre et pour y entrer d’abord, il faut franchir la belle arche aux trois madones qui sur le ciel découpées, vous ouvre la ville comme une scène.

le Louvre sur les traces des Normands octobre 1 2011

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C’est émouvant de penser les enceintes des cités. Un enfant ne ferait pas autrement sur une plage : un fosse, la muraille, les remblais derrière en guise de dernier rempart. C’est émouvant et c’est étonnant, de penser la ville derrière ces remparts, elle qui s’est explosée depuis tentaculaire. Emouvant de déchiffrer les traces d’imaginer même qu’elles sont encore là. Paris, c’était donc, englobant l’île de la cité, une demi-lune englobant la Sorbonne au Sud, l’autre moitié de la lune au Nord. Un peu la taille d’Antibes derrière ses remparts. Avec son Fort Carré en amont comme le Louvre pour la protéger. Le fort carré d’une même empreinte à peu près, une grosse masse carrée derrière de massives douves. Le Louvre, c’était Philippe Auguste qui l’avait construit, avant de partir aux troisièmes croisades, pour protéger Paris en son absence, pour se protéger lui aussi des habitants de la cité quand il leur prenait de révolter. Il l’avait mis juste là où les Normands les avaient nargués pendant si longtemps, comme une hernie à leur flanc, qu’ils laissaient prospérer sans trop se défendre. Jusqu’à ce qu’un beau jour, le sire roi de France accordasse la Normandie à Rollon pour qu’ils acceptent de quitter les lieux.  C’était à l’aine de la Seine et de l’île de la Cité, juste en amont de la belle cité pour à la fois le protéger du Nord et garder un œil vigilant sur ses débordements.

des Vikings et des Normands août 25 2011

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Où l’histoire locale me ramène une fois encore en l’an mille.

Au détour d’un voyage pour une fête de famille, me voilà à nouveau reportée en l’an mille. C’était en Normandie. Ils fêtaient le mille centième anniversaire de la création de la Normandie, par accord entre le roi de France Charles le chauve et le premier duc de Normandie, du nom de Rollon, un Viking, probablement Danois, à moins qu’il ne soit Norvégien. Il semble que ces vikings étaient très souples, très habiles et équilibrés entre leurs idées et origines, et celles du pays où ils s’installaient. D’où la façon presque parfaite dont ils se sont mélangés à la population indigène, épousant les femmes locales, fondant des familles mixtes, tant et si bien que d’une race Viking définie il ne reste plus de trace. On dit aussi qu’ils savaient s’entourer des talents les meilleurs, des intellectuels ou artisans brillants, si bien que rustres et peut-être peu civilisés, mais fort sages apparemment, et visiblement sans complexes, ils asseyaient leur pouvoir et leur gouvernance. Voilà un peuple qui avait compris bien avant les business schools que nul n’est besoin d’être instruit ou brillant pour régner, mais beaucoup plus de savoir s’entourer de ceux-là qui le sont et les diriger souplement. Ils étaient très à la pointe apparemment pour leur temps en terme de gestion des ressources humaines ; et en vérité, c’est bien peut-être une des caractéristiques encre aujourd’hui de nos scandinaves. Point de batailles violentes ni d’hommes ni de mots. Le règne par consensus ; rien ne sert de forcer, une œuvre n’avancera jamais mieux que si tous ses auteurs ont été convaincus et la portent d’eux- mêmes. Un équilibre sain et modeste entre les uns et les autres, entre le travail et les loisirs, point de passion, un peu ennuyeux peut-être, mais si efficace.

Et si les pays avaient aussi un moi et un surmoi et un inconscient mars 15 2011

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L’identité d’un pays, c’est un peu son moi. Qui suis-je ? je pense donc je suis. Combien de fois je suis restée arrêtée sur cette question, et je l’ai tourné et retourné dans ma tête, et j’ai procédé par touches successives pour essayer de faire un portrait, en reculant et avançant, pas très satisfaisant, un peu mieux, oui plutôt pas mal. Qu’est-ce que a Grèce ? Qu’est-ce que le Piémont ? L’identité de la France, Braudel en a fait un très beau livre. Ainsi que de la Méditerranée. Ce mot d’identité résonne mal maintenant que les politiques s’en sont emparés à des fins inavouables. On pourrait parler de ‘soi’, c’est la question de l’existence. Comme une personne, le tout début, la matière créatrice, les gênes, et puis les aventures de la vie. Prenons la Provence. Est-ce que la Provence existe. Oui, si l’on se réfère à son nom, juste son nom. Il faudrait vérifier mais je pense bien qu’aux temps des romains déjà elle était identifiée comme telle.  Elle a parcouru les âges comme le royaume de Provence, quelle soit district ou royaume ou comté ou marquisat ou région. Elle a toujours eu son gouvernement, une certaine indépendance, une certaine unité qui l’ont fait elle,. La méditerranée et l’arrière-pays, le Rhône qui la sépare de l’autre partie du monde, les Alpes à l’Est, un certain climat, plus clément plus arrondi que le fort tempérament de celui de Toulouse, une certaine douceur gouailleuse qui se retrouve aussi dans les accents, des terres plutôt pauvres mais baignées d’air liquide, et justement parce qu’elles sont pauvres qui ont des couleurs d’ocre et de sable rosé et graminées jaunes, avec des senteurs pointues de lavande ou de thym. Ça doit être ça la Provence.  

Il y a eu les romains, il y a eu les Boson, il y a eu le duc Rodolphe, duc de Bourgogne et de Provence ; et encore Raymond Béranger, comte de Barcelone et de Provence ; et Charles d’Anjou. Au cours du temps, la voilà qui se balade sur l’échelle des puissants, et de la puissance. Lorsque le centre du monde est à Rome, et que l’empire s’étend si grand, elle est très centrale, point d’accès aux Gaules, premier pas avant la capitale de Lyon. Que l’on arrive aux mérovingiens, et le centre du monde se déplace, le centre de son monde, de celui dont elle fait partie, un petit monde ma foi, dont elle est une bordure ingrate, la frange de la mer qui le délimite, alors que le cœur du pouvoir s’est déplacé vers le centre.  C’est là qu’elle se trouve aux prises avec les Sarrazins, qui s’y installent largement en vérité, si bien que la frange c’est bien elle, et non plus la mer qui la fait, ou bien la mer est perméable et la culture maure s’infiltre là tout naturellement. C’est que peut-être à ce moment là, pendant que les masses pesantes des territoires très terre à terre des germains, francs et autres peuplades très terrestres se consolident, s’enracinent dans le sol, commencent une lente mutation qui va durer des siècles mais qui à l’époque est encore informe, à ce moment-là donc, une certaine méditerranée se retrouve, une unité des peuples de l’au face au barbare plein de boue venu du nord. Haïs et unificateurs à la fois, les Mauresques contre eux vont lier l’Aragon, la Catalogne, le comté de Toulouse, la Provence,  et plus loin, la Grèce, l’empire byzantin, comme deux fronts opposés, deux frères ennemis, qui vont se déchirer et s’allier tour à tour. La Provence est un petit domino de ce jeu, tiraillé dans ce cercle mobile. Jusqu’à ce qu’elle reprenne sa place dans le sein de l’empire romain-germanique, bien calée à nouveau au centre d’un monde qui l’englobe de toutes parts, épaulée par la Bourgogne à l’occasion. Et même quand l’empire se casse en trois, elle reste sous la domination de l’unique empereur, au centre de ‘l’empire du milieu’, si long qu’il s’étend d’Anvers à Rome, certes un peu dégingandé, mais reconnu tout de même, respecté, solide sous son apparente fragilité.  Pendant ce temps, la maison de France s’est affinée, raffinée, éclose pourrait-on dire. Les Valois sont à l’œuvre dans le jardin de la France. Charles est ambitieux, il est talentueux, bouillonnant, créatif. Il va lancer des châteaux tout au long de la Loire. Cent ans avant que qui que ce soit n’ai inventé le mot de croisade, il ira par deux fois faire pèlerinage sur les lieux saints. Trois cent ans avant que l’Italie ne passe au devant de la scène à la Renaissance, il n’a de cesse de conquérir Naples, la Sicile. Et la première marche vers ces pays de désir, la Provence.

Marianne disait, encore petite fille : ‘j’aime bien Marseille, ça ressemble à Paris’. Maisons carrées et blanches ou grises, toits de tuiles, une certaine élégance d’architecture ; c’est vrai que la ‘France’ est venue jusque là, c’est vrai qu’il y a un certain air d’élégance discrète, à la française, de celle de la vallée de la Loire, dans les villes, à Aix-en-Provence sur le court, dans les places, dans certains villages du Lubéron, dans une certaine sérénité de ces villes sages et bien dessinées. Une certaine idée d’Anjou qui par contre n’existe plus du tout quand on arrive vers Nice. Mais ça, c’est une autre histoire !         

Genèse de la Provence mars 15 2011

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Aussi loin que je remonte, je trouve le Royaume de Provence. Moi qui aurais volontiers cru que c’était une invention récente, vaguement associée à l’engouement du siècle pour le sud. Et bien non, apparemment la Provence a toujours existé. C’est fascinant de trouver des noms dans l’obscurité des âges qui sont encore là aujourd’hui. Pendant que la Saxe, l’Austrasie, la Souabie sont des vagues réminiscences de livre d’histoire et de peuplades englouties dans les âges, la Provence, l’Aquitaine, la Bourgogne, la Bavière, la Bretagne, of course, ont traversé les âges et restent encore en tant que grandes régions, presqu’identiques à celles d’origine. C’est bluffant, non ? Mieux, on serait peut-être en train de revenir à ces régions, pour casser l’état nation.  La Provence, entre Bourgogne, Lombardie et le royaume de Toulouse des Wisigoths , elle est déjà conquise par Clovis en 536, dans la première idée de France. Sous Charlemagne, elle fait partie du royaume de Bourgogne-Provence, elle est la ligne de front avec les Sarrazins, comme l’est  le royaume de Catalogne, les Marches d’Espagne. Elle fait partie du Saint Empire Romain-germanique, depuis le début, celui du milieu qui s’étend de la mer du Nord jusqu’à Rome, beaucoup plus liée finalement à la Lombardie, à l’Italie, à la Savoie, que à la France de l’Occident , répondant directement à l’Empereur Otton ier et à ses successeurs.’ Un peu elle flirtera avec l’Occitanie, et surtout quand elle passe sous la coupe des comtes de Barcelone. La maison d’Anjou l’annexera dans ses visées vers Naples et la Sicile.

de l’Espagne au coeur de la Provence mars 7 2011

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Au détour d’un livre sur les cols franco-italien, j’ai été fascinée d’apprendre que la petite ville de Barcelonnette, créée de toutes pièces par Raymond Béranger IV ( ?) pour prendre le contrôle sur l’important trafic commercial passant par le Col de Larche, fut ainsi nommée en hommage à sa Barcelone, et à la lignée des comtes de Barcelone dont il est issu.  

Il m’a fallu remonter jusqu’au temps des wisigoths et aux tout débuts des carolingiens, pour trouver trace de la Marche d’Espagne, le collier de tous les comtés qui vont se déployer entre le pays basque d’un côté et le comté de Barcelone de l’autre. C’est la frontière de l’empire carolingien avec le voisin musulman. Tous les comtés sont construits sur des entités géo-politiques qui existaient déjà au temps des wisigoths. Juste, on leur adjoint une dépendance aux monarques carolingiens, dans le style féodal.

Donc, Raymond Béranger III de Barcelone, né et mort à Barcelone aux prémices du XIIéme siècle, épousa en 1112 Douce De Gévaudan, comtesse de Provence, et devint ainsi comte de Provence, sous le nom de Raymond-Béranger Ier !! le comté de Provence resta dans les mains de la lignée ‘espagnole’, avec les fils Raymond-Béranger II puis  Raymond-Béranger III, puis la maison d’Aragon, et finalement Raymond-Béranger IV, celui dont la fille Béatrix allait se marier avec Charles d’Anjou, et ainsi faire passer la Provence sous la tutelle de la puissante maison d’Anjou.

petit essai de voyage au moyen-âge - Biot décembre 8 2010

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Il paraît qu’à Biot, au début du XVIIème siècle, il n’y avait pas moins de 100 hectares de vignes, et 900 hectares de vergers et céréales, et quelques 20 hectares de jardins. Et la superficie totale du territoire de Biot à l’époque, est peu ou prou la même que celle de la commune de Biot aujourd’hui. Voilà un territoire qui est resté dans son enveloppe, voilà un voyage direct dans l’histoire, car le cœur de la ville n’a pas changé. Ni la place aux arcades et l’église et les quelques maisons accolées, le castrum donné aux templiers par le comte de Provence pour le salut de son âme en 1209. Ni les hauts murs de tuf et de blocs de lave avec des morceaux de terre cuite comme imbriqués dedans. Ni les étages de maisons avec les calades pentues qui grimpent droit la colline. La rue sous-barri longe des maisons qui font comme la matière même du rempart, et comme je longe cette rue, bordée à droite par un autre mur et qui plonge parfois sur l’abrupt dégagé de la vallée, mes pas exactement retrouvent le même chemin en-dehors mais encore dedans, régulier et distant mais collé intimement, de la même rue sous-barri du Haut-de-Cagnes, ou de cette autre rue dont je ne sais pas le nom à Limone, qui ainsi longe et épouse à la fois, cercle le village sans en faire partie, le fait tenir tout ensemble mais ne s’y mêle pas, si bien que si elle n’existait pas, le village peut-être se serait dispersé, sans ordre et sans cohésion, perdu au gré des hasards.  Ailleurs, la calade descend en larges marches sur une autre rue, les coteaux se dégagent, et ici c’est sur les pas de la gaude que j’ai l’impression de marcher. la gaude, peut-être encore plus proche du passé, moins transformée, encore moutonnée de ses vergers et de ses jardins, là où Biot, en quelques cinquante ans, a perdu, et ses vignes, et ses arbres, et s’est couverte de résidences. Ainsi donc, Biot était un oppidum naturel, comme la Gaude, comme le Haut de Cagnes, comme tous ces villages ici si familiers. On ne sait rien du Moyen Âge, avant que les Templiers entrent en scène. Il y avait bien une église, des terrains fertiles. Une occupation depuis toujours, peut-être des celtes ou des ligures par ici établis, avant que les romains ne les délogent et s’y installent. 1200, à la fois insaisissable et si familier. La Gaude versus Biot. Si peu a changé. 1200, la troisième croisade va commencer. L’occident latin et celte ou germanique, s’oppose à l’Empire byzantin, grec, et slave aussi et arménien. Et les deux s’opposent aux musulmans. Le comté de Provence se frotte avec la maison de Gênes d’un côté et celle de la Savoie de l’autre, au sujet de Nice. Tende a obtenu la protection de l’empereur de Constantinople en fondant  l’illustre lignée Lascaris.

mille ans déjà - ballades et croisades décembre 7 2010

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En l’an 1000, et encore un siècle, deux siècles, c’est l’époque des croisades, ou bien des pèlerinages, ou encore des ballades. Ils partaient en famille, à ce qu’on m’a dit. Ce n’étaient pas des armées, mais bien, époux et femme, et frères et sœurs, et chevaliers servants. Et gens de service, et valets et dames et toute la cour. Grandes tentes te bagages, gîte et couvert assurés. C’était par voie de terre, traverser l’ Allemagne , avec la bénédiction du roi d’Allemagne, qui lui aussi et ses gens parfois s’y joignaient. Et puis, la Hongrie et ses vastes plaines et ses grands cours d’eau qui se joignent en lacs, déjà, toujours, il y a mille ans déjà. Et puis traverser les hautes montagnes de Roumanie, arriver aux portes de la Bulgarie. En territoire grec, recevoir les hommages de l’Empereur de Constantinople. Tant de faste, la ville est si belle, de dedans tout d’or vêtue, fastueuse et sophistiquée, point trop franche dans ses relations avec les croisés. Et puis encore le grand désert de l’Anatolie, est-ce turcs ou émirs ? ou bien la longue route de la côte, Antioche la très célèbre, le tout petit royaume de Jérusalem   

Nice piémontaise octobre 8 2010

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Je découvre Nice piémontaise. Sûr que je savais que Nice avait été rattachée au royaume de Savoie en 1388. ça se résumait surtout dans les discussions à savoir si les raviolis et les gnocchis étaient d’origine niçoise ou savoyarde ! Nice, pour moi, a toujours été l’italienne La Belle.  Ce que je ne savais pas, c’est que Turin a été la première capitale de l’Italie unifiée en 1861 sous les efforts combinés Victor-Emmanuel roi de Savoie, de Cavour et de Garibaldi. Et puis ce fut Florence, et seulement après Rome. Quand Nice s’est dédiée à la Savoie en 1388, et qu’elle a été suivie par tout son arrière-pays, et Sospel et Saorge et les autres, elle a établi un ‘contrat’ avec le Duché de Savoie. Son intérêt à elle, c’était d’avoir son indépendance et de pouvoir se défendre contre les visées du Comté de Vintimille, et de celui de Tende, tous deux rattachés à la Provence et à son duc d’Anjou. A ce moment là, le Duché de Savoie n’était qu’un petit état montagnard, très ambitieux, avec cette reddition, il contrôlait quasiment tout le passage des Alpes, sauf, celui, stratégique, de Tende-Limone-Vernante, qui devra attendre encore quelques siècles.  Dès 1388, les ducs de Savoie vont s’attaquer à la route du sel reliant les salines méditerranéennes aux états alpins, construisant des ponts, perçant des passages à la mine notamment à Saorge. Le bouillant Charles-Emmanuel ordonnera la création d’une route carrossable à la fin du XVIème siècle. Mais celle-ci restera encore très largement muletière. Les grands travaux commencent véritablement en 1780 lorsque Victor-Amédée III décide l’ouverture d’une route carrossable de Nice à Turin, La Savoie est devenue un état suffisamment puissant et reconnu dans la cour des grands. Surtout depuis qu’elle a annexée toute le Piémont en 1419. Turin devient sa capitale en 1563 à la place de Chambéry. Et Nice.. Nice serait bien un peu sa sœur jumelle. Sa sœur du soleil. Quand Victor-amédée décide d’ouvrir la route royale, il lui faudra une place ‘royale’ pour l’arrivée à Nice. Et c’est la naissance de la place Victor, aux façades régulières et aux larges arcades, réplique, écho turinois dans la ville méditerranéenne. Ainsi donc, le Piémont aux belles arcades aux larges volumes que j’aime, c’est lui que j’ai retrouvé ici sans le savoir, dans Nice unique, italienne et montagnarde à la fois.      

Sur les traces de Nice aujourd’hui octobre 4 2010

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Je découvre l’architecture d’une ville, une ville qui grandit comme une personne, sauf que c’est sur des siècles. D’abord j’ai retrouvé un bouquin qu’on nous avait offert pour notre anniversaire il y a plus de dix ans sur l’architecture de Nice. Et puis, merveille, j’ai mon tout nouveau iPad qui me donne des yeux beaucoup beaucoup plus performants que ceux que j’avais usité jusqu’à présent. Me voilà capable de prendre d’un coup tout un espace dans le creux de ma main, de prendre mon envol et regarder les grands axes qui se jettent les uns dans les autres qui s’ordonnent et se rangent comme des fleuves le long de leurs artères, de descendre le long d’une rue, longer ses façades, d’en haut et d’en bas, remonter encore, partir plus loin là-bas faire un tour du côté de la mer. Oiseau. Moi qui ai toujours rêvé de voler. Moi qui essayais péniblement dans ma tête d’assembler les morceaux, là, encore et encore, tourner dans sa main dans sa tête comme une boule à polir, fixée à jamais comme un enfantillage. Je ne m’étais jamais bien intéressée à la ville ‘moderne’, et d’ailleurs c’est en cherchant des renseignements sur la ville ‘ancienne’, que je suis tombée sur ce livre. Un jour un groupe d’architectes, ils étaient quinze, ont édité le Consiglio d’Oro. C’était l’idée folle, de pousser Nice au-delà de sa coque, au-delà de sa place bien délimitée entre la colline du château d’un côté et le Paillon sur sa droite. Donc, une idée, l’ébauche de grands axes, Dubouchage-Victor Hugo, Av de la Gare-Malaussena, places, décors. Il faut croire que c’est dans l’air du temps. Haussmann à Paris va bientôt percer ses grands boulevards, remplaçant la ville médiévale par de hauts immeubles bourgeois. Ici la ville prend place sur les champs. Les villas gardent une influence italienne, avec des toits plats rehaussés de corniches ou de balustrades. Je ne sais pas trop bien discerner ce qui fait que Nice n’a pas un air de Paris, quelques beaux jardins plantureux restes de la Belle Epoque qui prolongent les bâtiments ici et là, les hautes persiennes ajourées à vantail, quelques couleurs passées ou pastel, les collines flamboyantes qui se dessinent souvent dans la perspective d’une rue. Le XIXème siècle, si familier pour nous qu’il en est devenu insipide. L’ossature de la vieille Europe, ce sont ces façades régulières et un peu hautaines, ces immeubles de cinq étages avec souvent leurs chambres de bonnes dans les combles, les rues qui s’assemblent en quadrillages plutôt qu’en tortillis façonné par l’histoire, la pensée de l’homme qui a articulé, projeté, lancé des ponts des plateformes vers l’avenir.  Bizarre de penser que Vintimille, qui fut sans doute la sœur jumelle de Nice, en importance s’entend, qui fut, beaucoup plus que Nice, lorsqu’elle fut le cœur du comté de Vintimille, n’a jamais connu un tel développement, un jour a arrêté de grandir, a continué sa lente maturation des rues qui s’ajoutent les une aux autres, avec le temps, qui deviennent avenues puisque les techniques le permettent. Elle a gardé son fleuve qui rythme la ville, la mer presque promenade encore, une certaine nonchalance élégante sur ses cours. Il paraît, que la grande mutation de Nice, en vérité, ce n’est pas un hasard. Ce fut d’abord l’œuvre de la Maison de Savoie, qui régula tout l’urbanisme sur le modèle de Turin en s’attachant d’abord à assainir la ville ancienne et en créant les grandes places Victor (Garibaldi) et Masséna. Le vrai saut dans la modernité, pourtant, ne fut pas tant dans l’air du temps, que dans le rattachement à la France en 1860. Alors, toutes les convoitises réprimées se sont déchaînées, alors, anglais, français et russes ont commencé à affluer. Et le projet lui a répondu aux besoins créés.       


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